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Le Blog De La Blonde

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Je fais des trucs. Plein. Parfois j'en parle ici.


"This is us" la série américaine du moment, "Comme un Légo" de Manset (version interprétée par Bashung), un peu d'"A l'abri de rien" d'Olivier Adam et une pincée de Baptiste Beaulieu

Publié par Le Blog De La Blonde sur 16 Avril 2017, 10:30am

"This is us" la série américaine du moment, "Comme un Légo" de Manset (version interprétée par Bashung), un peu d'"A l'abri de rien" d'Olivier Adam et une pincée de Baptiste Beaulieu

Quand tout le monde a commencé à s'émouvoir de l'arrivée prochaine, sur les écrans français de la série-évènement (sic) "This is us", j'ai lancé la bande-annonce. Pour voir. Je la glisse ici mais je dois te prévenir tout de suite qu'après l'avoir visionnée, j'ai décidé que ce serait sans moi : Les ficelles me semblaient trop grosses, les situations caricaturales, la BO tire-larmes un peu trop efficace à mon goût : Bref, j'avais décidé de renoncer; ça sentait vraiment trop fort le préfabriqué.

Comme souvent (fort heureusement) le hasard a fait que je suis tombée sur une publication, dans mon fil FB, d'une que je connais assez pour savoir que je partage avec elle une même sensibilité. Et elle était enthousiaste.

Soit.

J'ai donc profité des vacances pour me lancer et là : le choc.

J'ai pleuré à chaque épisode et parfois carrément à chaudes larmes. Je me suis complètement laissée emporter par l'intrigue et les rebondissements, l'excellent jeu des acteurs et la BO. Cette série réussit à mettre en avant ce qui nous préoccupe tous et nous relie, au delà de nos différences. C'est grand.

J'ai été bouleversée de traverser les grandes étapes de la vie des personnages, narrées selon une chronologie qui, si elle n'a rien de complètement nouveau, fait tout le sel du récit (je te laisse le plaisir de découvrir le procédé par toi-même, je suis certaine que tu seras conquis(e)). L'émotion est là, tout le temps.

LES émotions, même. Le désir d'accomplissement, la difficulté à concilier toutes nos ambitions afin de tracer un chemin sur lequel on n'a le sentiment de ne renoncer à rien, le deuil, les naissances, l'amour qui surgit d'on ne sait où et s'installe dans la félicité puis se heurte aux tracas du quotidien et aux ambitions de chacun. Il n'y a pas un modèle présenté, mais des modèles qui évoluent avec chacun leurs propres variations. Il y est question de la famille aussi, beaucoup. De la transmission.

Ce qui est profondément intéressant c'est que le récit n'est pas dogmatique et laisse une grande place au doute et à la diversité des parcours. Il y est question du destin, des choix qui paraissent isolés mais qui ont un retentissement beaucoup plus lourd que prévu, par effet domino, sur les vies de ceux qui nous entourent, nos proches mais aussi ceux qui jusque là étaient pour nous de parfaits inconnus.

Je crois que je suis en mesure d'affirmer que je n'avais pas autant été remuée par une série depuis des années. Pour tout t'avouer, je craignais qu'elle ne vire rapidement à la biographie mièvre (la bande annonce y était pour beaucoup) mais j'ai le sentiment que le jeu des acteurs et l'intelligence de la construction du scénario empêchent de tomber dans cet écueil.
Ou alors je suis complètement sous le charme et je n'arrive à voir aucun des défauts de ce projet (note bien qu'à certains moments j'ai trouvé que ça allait un peu loin mais...c'est tellement efficace que mes quelques doutes ont immédiatement été balayés). La réalité est là : ça fonctionne terriblement bien!

Comment ne pas être chamboulé(e) par ces parcours individuels à la résonance universelle? C'est impossible je crois. 

C'est là toute l'intelligence de la série : en parlant des autres, ceux que l'on suit à l'écran, elle parle en réalité de nous et souligne le fait que, derrière nos différences, nous sommes tous les mêmes; nos destins vibrent au son des mêmes émotions fondamentales.

Certes, ça n'a rien de nouveau mais par les temps qui courent, alors que certains instrumentalisent nos différences pour mieux nous diviser, il me semble d'utilité publique de le rappeler.


Si tu suis mon fil Instagram ou Twitter, il ne t'aura sans doute pas échappé que j'ai lu une série de romans signés Olivier Adam ces derniers temps. J'aurais beaucoup de bien à en dire mais je vais ici me contenter de glisser un passage qui va dans le sens de ce que j'ai précédemment mis en avant (as-tu remarqué toi aussi combien souvent les hasards de la vie font que tout ce que tu lis, vois, entends, alimente une même réflexion, sans que tu l'aies souhaité? C'est fréquent chez moi et néanmoins toujours troublant).

Ici, "This is us" m'a fait penser à un passage qui m'avait marquée dans le roman "A l'abri de rien" : 

Olivier Adam y présente le parcours d'une femme qui bascule, soudain.

Là aussi, je ne trahis pas un grand secret en révélant que j'ai pleuré à la lecture de certains passages et je ne saurais trop te conseiller de lire toi aussi cet ouvrage qui m'a émue au plus haut point. Il y est question de notre indifférence assassine à la douleur d'autrui, du duel permanent entre les exigences de notre quotidien et nos idéaux et de la difficulté de se maintenir en équilibre, sur le fil, sans sombrer malgré la triste actualité. C'est beau et intense. Poignant.

"Quand on est rentrés c'était l'heure où les voisins se réveillent, tous en même temps, à quelques minutes près. A part Martine, je n'en connaissais aucun mais je savais tout d'eux. Ma vie était la leur, leur vie était la mienne, rien ne nous distinguait vraiment, rien ne distingue jamais vraiment personne. Le noyau dur est trop dur. Ici, à l'abri des maisons, et partout ailleurs en France, nos vies se ressemblent. Se lever se nourrir travailler manger voir des amis aller au cinéma regarder la télévision passer voir sa mère s'occuper des enfants faire ses comptes les magasins l'amour tout est profondément pareil. A quelques détails près. Des variations mineures. Mais ce ne sont jamais que des détails. Des variations mineures. Et rien de plus."

 

En relisant ce passage, dont j'avais corné la page afin de le retrouver car je savais que c'était un de ceux que j'aurais plaisir à parcourir à nouveau - plus tard- j'ai pensé à la merveilleuse chanson interprétée par Alain Bashung et signée Gérard Manset "Comme un légo". Je t'en glisse le texte ici et la version chantée par Bashung :

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
Et tous ces petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petit ou grand
Comme durant des siècles égyptiens
Péniblement

A porter mille fois son point sur le i
Sous la chaleur et dans le vent
Dans le soleil ou dans la nuit
Voyez-vous ces êtres vivants?
Voyez-vous ces êtres vivants?
Voyez-vous ces êtres vivants?

Quelqu'un a inventé ce jeu
Terrible, cruel, captivant
Les maisons, les lacs, les continents
Comme un lego avec du vent

La faiblesse des tout-puissants
Comme un lego avec du sang
La force décuplée des perdants
Comme un lego avec des dents
Comme un lego avec des mains
Comme un lego

Voyez-vous tous ces humains?
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront

Car si la terre est ronde
Et qu'ils s'y agrippent
Au delà c'est le vide
Assis devant le restant d'une portion de frites
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Pourquoi ne me réponds-tu jamais?
Sous ce manguier de plus de dix mille pages
A te balancer dans cette cage

A voir le monde de si haut
Comme un damier, comme un lego
Comme un imputrescible lego
Comme un insecte mais sur le dos

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
On regarde, on regarde, on regarde dedans

On voit de toutes petites choses qui luisent
Ce sont des gens dans des chemises
Comme durant ces siècles de la longue nuit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit

Bon, ce n'était pas prévu mais je suis tombée hier soir, un peu par hasard, sur un post FB, signé Baptiste Beaulieu, médecin généraliste/écrivain/blogueur dont les propos sont toujours extrêmement touchants, emprunts d'une grande humanité :

"Alors voilà ma patiente ne pleure pas, mais elle gémit. Et le gémissement sans les larmes je crois que c'est pire. Elle a 39 ans. Cancer ovarien. "Taches hépatiques suspectes". En cours d'exploration. Elle sait que je sais qu'elle sait. Que ça va pas aller, que ça va pas le faire.
Elle a deux enfants 4 et 6 ans.
J'écoute ce truc ignoble coincé dans sa gorge : La Plainte. 
La Plainte... Ce truc a toujours été dans la bouche, dans le ventre, dans les poignets tordus, dans l
es poings serrés de tous les hommes et de toutes les femmes. Depuis la nuit des temps. Depuis que la première femme a perdu le premier enfant. Que le premier homme a perdu la première femme. Depuis que le premier enfant a perdu les premiers parents. On se la passe de génération en génération. Comme une putain de malédiction. ELLE nous relie. ELLE nous rappelle combien nous sommes tous pareils, combien nous avons tous peur, combien nous voulons tous être aimés, et oh combien nous voudrions extensible le temps passé près de ceux qu'on aime.
Combien nous voudrions savoir où vont ceux qui s'en vont. 
La Plainte vient de là : nous ne savons rien.
Comment font les autres pour supporter le visage de l'autre qui souffre ? Comment font-ils, hein ?
Paraît qu'y en a qui bouffent pour compenser, qui se rongent les ongles, qui tapent dans des sacs. Qui tapent dans des voitures mal garées.
Paraît qu'y en a qui croient. Qu'y en a qui prient. 
C'est facile de croire. C'est facile la foi. Suffit d'ouvrir les yeux. De sonder le ciel étoilé. De frotter contre ses oreilles un épi de blé. De s'émerveiller. Ce qui serait difficile, c'est de ne pas croire !
Oui, le plus dur n'est pas de croire, le plus dure c'est d'espérer. D'espérer malgré La Plainte.
Je crois que c'est pour ça que je vous prends dans les bras lors de mes dédicaces. Parce que je ne peux pas le faire au cabinet médical. Et parce qu'au moment où on se serre, je me dis à chaque fois la même chose :
<<Il y a quelque chose de profondément incroyable dans ce monde mais je ne sais pas quoi. Tout, peut-être. >>


Baptiste Beaulieu

Il y est question d'angoisse, de la douleur, de la perte... autant de liens qui nous unissent malgré nous. 

Il est bon, parfois, de se rappeler qu'au delà de nos maigres différences, nous sommes bien tous, fondamentalement, pareils.

Bon dimanche, lecteur,

XX

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