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Le Blog De La Blonde

Le Blog De La Blonde

Je fais des trucs. Plein. Parfois j'en parle ici.


La frontière de l'aube de Philippe Garrel

Publié par Notsoblonde sur 1 Décembre 2009, 08:00am

Catégories : #Ciné

Samedi 25 octobre 2008, le ciné 104 de Pantin organisait une soirée de projection-rencontre autour de Louis Garrel.





Après avoir vu  « Les chansons d’amour »,"Innocents", « Actrices » et  « La belle personne » j’étais convaincue de la présence extraordinaire de cet acteur à l’écran :   Quand il joue, il « habite » son rôle, il occupe tout l'espace et transmet les émotions comme peu d’acteurs de sa génération.


Il se trouve que ça fait un moment que je m’interroge sur ce que "sont" les acteurs, ce qui fait leur talent (ou leurs défaillances) : ce métier me fascine et j’aime l’idée d’essayer de trouver des réponses à ce questionnement...

 

 

La rencontre proposée était donc pour moi une trop belle occasion de voir si  Louis Garrel  avait « en vrai » ce magnétisme puissant qui vous aimante et ne vous lâche que quand il cesse d’être sous vos yeux.

 

 

Alors que l’entretien avec le comédien-réalisateur semblait annoncé après la projection du court métrage qu’il a réalisé (« mes copains ») et avant la projection du film réalisé par son père, dont il tient le premier rôle masculin (« la frontière de l’aube »), il arrive juste avant le début de la première projection…

 

 

J’ai, avant son arrivée, pris le soin d’observer les personnes qui m’entourent : pas mal de jeunes filles, sensibles au charme du beau Louis qui sont venues le « voir en vrai » et se refilent photos et infos sur sa vie personnelle, des cinéphiles qui discutent filmographie, des curieux…

 

 

Son apparition fait cesser les discussions; est alors sans doute en cause plutôt l’effet de surprise que sa seule présence parmi nous.


Il est proche (quelques petits mètres) et semble mal à l’aise au départ.Fidèle à ce qu'on a vu de lui à Cannes, très discret. Il lui semble au début difficile de regarder la salle, ses propos semblent un peu confus mais quand il s’exprime : le charme opère, on écoute et on est « captivé ». Puis il gagne en aisance et se plait à "jouer".

L’entretien se déroule sous forme d’une interview menée par le responsable du ciné 104 pendant laquelle il est question du métier d’acteur et de la direction d’acteurs bien sûr mais là, je reste sur ma faim : Louis reste évasif, répond à côté, enchaine les pirouettes (anecdotes franchement amusantes, digressions fantaisistes) : il fait l’acteur.

Moi qui viens pour voir le vrai Louis, celui de la vraie vie, s’exprimer naturellement, j’ai l’impression de le voir jouer une scène, il ne se livre pas personnellement, se contredit, semble fuir tout en verbalisant beaucoup… à quoi joue t’il ?


S’ensuivent les questions du public où il joue toujours de la même façon;


Vient enfin le moment où il doit s’éclipser, et je ne sais que penser de sa prestation.


Une chose est sûre, je n’aurais pas la réponse à la question que je me posais :

Oui quand il est là, il en impose, il « dégage » beaucoup mais était ce lui ou une image bricolée qu’il a bien voulu nous livrer ?

Où est le vrai Louis dans tout ça ?

A-t-il vraiment osé se montrer ?

 

Pendant ses échanges verbaux, il a été amené à évoquer Freud (à plusieurs reprises), une personnalité de télé connue pour ses convictions antisémites, des réalisateurs nombreux et très variés, les « méthodes » connues et reconnues pour apprendre à « faire l’acteur » ou à « faire des films » sur lesquelles d’ailleurs il semble porter un regard plutôt critique (bien qu’il soit plein de contradictions, ce garçon..), une certaine lassitude par rapport au cinéma français d’aujourd’hui, …

Il serait difficile de tout relater tant son discours était varié, intense et rythmé.

Alors Louis est il tel que nous l’avons vu ce soir là ou essaie t’il de préserver le mystère en se fabriquant un personnage?

 A ce stade là (et encore aujourd’hui d’ailleurs) je suis dubitative…


La diffusion du court métrage de 25 minutes en surprend plus d’un(e) par sa teneur : loin de moi la volonté de dévoiler ce qu’il contient mais à l’issue de la projection, nombreux sont ceux qui sont interloqués : pas mal de « minettes » quittent la salle (elles ont vu Louis « de près » et la diffusion du film qui s’annonce ne semble pas pouvoir les retenir…semblant déçues du court métrage) pendant que je m’interroge : Quel message a-t-il souhaité faire passer (s’ il y en a un mais je suis intimement convaincue qu’il y a un message porté par toute forme de création, qui en dévoile un peu( voire beaucoup) sur son auteur sinon à quoi bon créer) ?


Il me semble que, en cohérence avec son discours précédent, il a montré que le cinéma peut être aussi autre chose que de « raconter des histoires illustrées par des images en mouvement » ; que la linéarité n’est pas la panacée et que « faire un film », ça peut aussi consister en une prise de risque, une volonté simple de provoquer des émotions, variées (stupeur, rire, compassion, interrogation…) chez le spectateur.


 

Bon, dans la peinture ce genre de chose existe aujourd’hui beaucoup : les œuvres contemporaines sont souvent des œuvres qui, observées brutes, au premier degré, peuvent ne rien évoquer : c’est le spectateur qui construit ses émotions en analysant ce qu’il a sous les yeux à partir de son propre bagage culturel, émotionnel, à partir de sa propre expérience de vie…


Ce court métrage là me fait un effet semblable.


Peut être suis-je complètement en train de faire fausse route mais d’après l’impression que je me fais de lui, je trouve une certaine cohérence entre cette ambition suspectée et sa réalisation.

 

La suite, la projection de la frontière de l’aube m’a offert une des plus grosses surprises cinématographiques de ma vie; alors que les mauvaises critiques ont plu pendant des jours et des jours (je ne voulais pas les lire pour ne pas être influencée mais j’entendais de partout le tonnerre gronder !), je m’attendais à une triste déception.

Quelle ne fut pas ma surprise (douce surprise) en découvrant le film.
Je me suis pris un wagon d’émotions droit dans le cœur pendant toute la diffusion.


 

Mon homme s’est endormi plusieurs fois, et sa voisine de salle aussi. J’avoue que je suis perplexe :


Là où il a vu des « longueurs » j’ai vu des pauses esthétiques permettant le cheminement intellectuel nécessaire à la compréhension de la trame de l’histoire dans toute sa complexité ; là où il a senti du cliché j’ai vu tout le contraire : des hommages à Cocteau parfois, des images souvent sublimes, une vision complexe de la femme qui semble parfois comme un aveu d’incompréhension, des références à la psychanalyse, des visions métaphoriques subtiles…

 

Enfin, j’y ai vu pour la première fois je crois, une fenêtre ouverte sur un sujet (parmi d'autres) que je n’ai jamais vu si bien traité nulle part ailleurs : la peur de l’engagement, des conventions, l’angoisse de la paternité.


Parfois évoqués avec légèreté et drôlerie, ces thèmes restent pour moi un mystère;

pour l’avoir constaté autour de moi, l’engagement, la proximité de la paternité dans la vie d’un homme constituent un vrai raz de marée;

 personne, me semble t’il, ne l’a jamais aussi bien représenté que Philippe Garrel le fait ici.


Philippe Garrel


 

 

J’ai ressenti ce film comme une sorte de construction intellectuelle que Philippe Garrel ne souhaitait confier qu’à ceux qui prendraient la peine d’essayer de la décoder, qu’à ceux qui feraient l’effort de la mériter;


Quand je repense à l’entretien avec Louis, une question me vient : ne nous aurait il pas donné, en semblant parler de tout et de rien,  les armes pour déchiffrer le message porté par ce film …?


À force d’y penser, j’en suis même arrivée à me demander si l’entretien, les questions, n’étaient pas qu’un prétexte pour livrer les indices permettant de décoder le message de ces films…


La question reste (et restera) entière : les sujets évoqués par l’acteur, qui me paraissaient parfois « déplacés » par rapport aux questions standards posées pendant l’entretien me revenaient en tête et faisaient « sauter les verrous » des mystères de ce film.

 

Pour faire rapide, ce travail là m’a rappelé celui de David Lynch, réalisateur pas du tout évoqué pendant l’entretien avec Louis mais dont les références nombreuses à la psychanalyse, la déconstruction du récit et le va et vient fréquent et pas toujours clairement identifiable entre réalité et métaphore vous embarquent dans une aventure intellectuelle inédite, pas reposante mais extrêmement prometteuse.

 

J’ai grâce au film, passé une soirée surprenante, intellectuellement extrêmement stimulante.

 

Pourquoi est ce que je ne détaille pas davantage le contenu ?


Parce que, comme je l’ai évoqué précédemment, je crois qu’à la façon d’une œuvre d’art contemporain, chacun y voit des choses différentes.


Je pense que l’auteur a suivi une ligne directrice en sachant ce qu’il voulait transmettre quand il a construit son œuvre mais que chacun peut recevoir le message différemment pour un peu que le spectateur se donne la peine d’être actif. (Nombreux sont ceux dans la salle (et mon homme en était) qui n’ont rien « reçu » sinon une litanie d’images et de dialogues sans charme (selon eux) auxquels ils sont restés sourds)

 

Ce film m’a rappelé des souvenirs de lycée.


 
Ces séances de littérature où je parcourais pour la première fois un poème évoquant des choses simples et a priori sans intérêt réel autre que la musique des mots qui y était associée.

 

Et puis, l’analyse guidée par mon professeur me permettait d’accéder à un autre niveau de compréhension, avec le plaisir procuré par l'impression d’avoir « mérité » la révélation du message…

 

Un peu aussi comme ces tableaux d’illusions d’optique où l’on observe simplement des motifs mélangés superposés qui ne forment aucune représentation distincte mais qui, après quelques minutes d’exercice visuel et de concentration, révèlent des images en 3 dimensions parfois de toute beauté…

 

J’ai aussi eu l’impression que Philippe Garrel avait disposé quelques clins d’œil de-ci delà (je pense aux plaques d’immatriculation parfois visibles …peut être est ce le fait du hasard mais les évocations associées ne me surprendraient pas  (mais peut être suis-je folle et tout ca n’est en fait que purement aléatoire).

 

Le côté intemporel m’a  aussi complètement « embarquée » : la magie du noir et blanc, l’échange de courrier (je suis une amoureuse de la correspondance épistolaire et une allergique du téléphone), l’absence de repère temporel précis…

 

 

Pour conclure, ce film m’a rappelé que derrière des apparences terre à terre peuvent se cacher des trésors fabuleux, j’ai le sentiment depuis hier soir d’en avoir découvert un, et je préserve ma pépite jalousement, en la gardant pour moi comme un joli cadeau reçu alors que je ne l’attendais pas.


 

Devant le regard atterré de mon homme qui a été déçu par le film comme jamais, j’ai tenté de lui expliquer ma perception des choses, complètement exaltée que j’étais mais...


Vous savez quoi ?


 

Je n’ai jamais pu le convaincre de la beauté du film…


J’en reviens donc toujours au même : selon nos propres questionnements, notre propre sensibilité nous ne percevons pas les choses de la même façon (c’est d’ailleurs vrai aussi d’un point de vue physiologique, là c’est la prof de bio qui parle), et une œuvre aussi « moderne » pourra être encensée par certains (avez-vous compris que j’ai adoré ?) ou détestée par d’autres.

 

 Mais là on rejoint un peu la vision (que je soupçonne) de Louis sur la réalisation non ? 

Et si le cinéma, ca pouvait être juste un instrument permettant de susciter des émotions (bonnes ou mauvaises) sans forcément raconter une histoire ?

Si le plaisir que l’on retire d’une œuvre pouvait être aussi purement « sensoriel » ?

 

Je fais peut être complètement fausse route dans mon interprétation et pour tout vous dire, depuis hier je me lamente que l’entretien avec Louis Garreln’ait pas eu lieu après la projection… J’aurais alors eu quelques questions à lui poser…


Il aurait aussi pu les tourner en dérision à l’aide d’une pirouette comme il l’a habilement fait pour d’autres, me laissant encore sur ma faim…

 

Une question me brûle cependant : Comment reçoit-on ce témoignage que l’on doit incarner, quand on travaille sous la direction de son père ? Ces moments d’angoisse immense, tragiques, tous en relation avec la paternité, cette fuite nécessaire et inéluctable… quel fardeau à gérer dans ce contexte là (travailler avec papa ?!) !


Allez, pas de regret(s)…. Finalement, est ce que le plus beau, ce n’est pas quand les Hommes et leurs œuvres conservent une part de mystère et offrent matière (inépuisable) au questionnement ?

 

Le bonheur parfait réside t’il nécessairement dans la compréhension absolue… ?

 


La frontière de l'aube
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