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Le Blog De La Blonde

Le Blog De La Blonde

Je fais des trucs. Plein. Parfois j'en parle ici.


"Madeleine" d'Amanda Sthers

Publié par NotSoBlonde sur 1 Mai 2010, 07:00am

Catégories : #Lecture(s)

 

 

La Bretagne et moi c'est une longue histoire qui débute à ma naissance. Quand ma maman, se voyant refuser le droit de me baptiser comme elle l'entendait (elle avait choisi "Annaëlle"  qui, à l'époque, lui a été refusé), s'est rageusement rabattue sur un prénom qu'elle souhaitait ressemblant et -surtout- original. Saisissant le calendrier breton parmi la pléiade de ressources disposées sur son lit de jeune accouchée, elle a jeté son dévolu sur "Annaïg", l'oeil frondeur et la défiance chevillée au corps.

 

A sa grande surprise, le patronyme fut accepté ("pourquoi celui-ci et pas l'autre?", me lamenterai-je des années plus tard, quand, adolescente je me désolais d'être affublée de ce prénom de gardienne de phare aux sonorités guturrales. Prénom que personne n'arrivait à prononcer dès la première écoute sans l'écorcher ou ne parvenait à se retenir de corriger (je ne compte plus le nombre de rentrées scolaires où un gentil professeur zélé lançait à la cantonnade un très sonore "oh, je vois qu'il y a une faute de frappe sur le prénom de Melle A. : à la place d'Annaïs il est écrit Annaïg...Je corrige immédiatement cette horrible erreur; on n'a pas idée...". Gloussements des armées de Nathalie et Stéphanie dispersées autour de moi que j'enviais et maudissais aussi secrètement).

 

Bref, à force de me distinguer avec ce prénom 100% d'origine armoricaine controlée, je me suis mise à l'aimer. Le prénom. Et la bretagne avec.

 

Je ne suis pas originaire de cette région. Ni aucun de mes deux parents. Ce qui fait de moi une usurpatrice involontaire vu que la plupart de ceux que je cotoie sont convaincus de mon appartenance au peuple breton. Et que je ne m'évertue pas (plus) à démentir le préjugé.

 

J'ai donc appris à l'aimer ce territoire âpre mais séduisant dont la beauté se mérite souvent au prix du renoncement à une certaine forme de confort; ce territoire à l'incroyable richesse culturelle faite notamment des multiples légendes qui hantent l'imaginaire des natifs de la péninsule occidentale. Je suis finalement heureuse de pouvoir y être associée.

 

Amanda Sthers est l'auteur de "Madeleine". Il s'agit d'un roman qui relate l'histoire d'une femme qui vit en Bretagne. Et cette localisation me semble faire tout le sel du roman car l'auteur joue avec le décor et les tempéraments des habitants, d'une façon très habile. Sa plume est rugueuse et suave, elle jongle avec la violence et la douceur. Comme le temps de Bretagne. Comme l'incroyable chaleur de ses habitants cachée bien à l'abri derrière une façade parfois inhospitalière.

 

(Extrait 1) "La bretagne est grise. D'un beau gris bleuté. Une couleur de mélancolie. Du passé. Quand les bretons n'ont pas cette couleur dans les yeux, ils l'ont dans le coeur. Tous les bretons ont un joli coin de gris. Comme la pointe d'un rocher battu par la mer, incapables d'être heureux longtemps."

 

 

Amanda Sthers sert dans ce roman l'histoire d'un homme et d'une femme dont les destins se croisent. Dont les vies s'enflamment le temps de quelques rendez vous parce qu'il ne peut en être autrement.

Elle relate l'histoire d'une rencontre manquée finalement car au fond, si ces deux là se désirent simultanément, ils s'aiment à contretemps.

 

(Extrait 2)

" Peut être sommes nous tous prisonniers de la mémoire des autres, des désirs, des rêves des gens qui possèdent notre visage? Cette nuit là, malgré lui, Castellot fait l'amour à Madeleine qui en gueule dans son lit froid. Seule si seule avec le fantôme  qu'elle essaie de dessiner dans sa chimère, qu'elle tente de faire parler juste avec la musique de sa voix qui lui est restée en tête."

 

 

Un beau roman sur la fugacité des sentiments démesurés suscités par certaines rencontres. Sur la fragilité des instants potentiellement magiques que l'on choisit de vivre ou d'ignorer. Sur l'incompréhension des consciences dans certaines histoires d'amour tandis que les inconscients et les corps communient dans une inéluctable et surprenante effervescence. 

  

Rien à voir a priori mais j'y ai trouvé comme un écho à "la science des rêves" de Gondry, film magique dont je reparlerai sans doute parce qu'il m'est cher. D'ailleurs je ne résiste pas, je mets la bande annonce ici.

 

 

 

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