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Le Blog De La Blonde

Le Blog De La Blonde

Je fais des trucs. Plein. Parfois j'en parle ici.


Vincha Backpacker

Publié par NotSoBlonde sur 5 Avril 2010, 10:00am

Catégories : #Musique

 

Le rap est un genre musical avec lequel j’entretiens une relation étrange.

Ayant grandi en pleine banlieue Sud, au milieu des cités, j’ai poussé entourée de la musique d’I Am, NTM et des autres rappeurs emblématiques de l’époque, précurseurs d’un mouvement qui allait rapidement se diversifier pour s’éloigner du modèle américain dont l’influence lui collait alors encore au corps. Dans le quartier où je vivais mon voisin de bâtiment était un certain Claude M’Barali qui allait bientôt devenir MC Solaar et que l’on connaissait alors surtout parce qu’il marquait notre territoire de nombreux tags à sa gloire, avec un peu d’avance sur son succès.

 Lui et sa bande, je les croisais souvent. Bambi Cruz,  le beau gosse de la troupe qui faisait l’admiration des minettes,   Soon E MC...

   

J’ai assisté en direct et aux premières loges à leur fulgurante ascension musicale depuis la MJC de notre quartier nord jusqu’aux plateaux de télé. Un peu moins âgée qu’eux, je les regardais d’en bas, assez incrédule quant à la tournure qu’ont rapidement pris les choses pour eux. Pour tout dire j’aimais son ambition de sortir le rap de son ghetto et par là de redorer l’image de la banlieue et de ses habitants (souvent considérés comme des laissés pour compte de la culture),  de montrer que ce terrain musical aussi pouvait être un espace de jeu pour ceux qui aiment jongler avec les mots sans nécessairement aller vers une forme de violence des mélodies ou des messages. Il me semble que Solaar a défriché une nouvelle voie dans la musique, que beaucoup après lui ont su emprunter et faire évoluer.

Ensuite c’est un amoureux qui m’a initiée au rap dans toute sa diversité. Ce que j’en retiens? Beaucoup de choses…

Pour citer quelques noms : Assassin pour la richesse des textes, la ferveur des engagement et la diction parfaite de Rockin’ Squat,  
Rockin Squat (Assassin) France à Fric- clip Kourtrajmé
envoyé par Kourtrajme_Productions. - Regardez plus de clips, en HD !

 

 

Le rap US de Cypress Hill pour la musicalité, la richesse des sons, la voix incroyable … (Oh la la, eux ce sont mes chouchous je crois : c’est symptomatique quand j’aime trop j’éprouve des difficultés à poser des mots pour exprimer mon sentiment), Wu Tang bien sûr et quelques concerts difficiles à oublier (pour des raisons diverses et variées mais j’ai souvenir d’un concert de TTC, particulièrement underground, qui m’a pas mal remuée (pas dans le bon sens…).

  

 

Bref, le rap, j’en écoute aujourd’hui par intermittence.   Plutôt rarement dernièrement d’ailleurs. Il faut croire que certaines périodes de ma vie s’y prêtent plus que d’autres.

 En janvier dernier, je me rends sur la péniche El Alamein pour assister au concert d’Ardzen.  Cet endroit est assez incroyable. Sous sa terrasse abondamment fleurie-qui lui donne des airs d’oasis bucolique au milieu du quai outrageusement bitumé-  se trouve la salle de concert.

   

   Franchement chaleureuse. Meublée de tout un bric à brac d’objets qu’on imagine chinés, le spectateur a un peu l’impression d’être invité chez une grand-tante de province au milieu des meubles anciens, des objets qu’on devine d’époques et de provenances variées et des plantes vertes luxuriantes qui ont tout l’air d’être particulièrement chouchoutées.  

 

  Immersion carrément dépaysante. 

Ardzen débute le concert et je reviendrai un de ces jours sur son travail car j’aime vraiment beaucoup ce qu’il fait. Dès que j’aurais eu l’occasion de le revoir sur scène (ce qui ne saurait tarder).  Vincha Backpacker lui succède.  Il délivre un rap aux textes sincères et drôles, au flow efficace et il fait preuve d’une humilité assez inhabituelle dans ce genre musical.   A contre courant de la tendance du gangsta rap qui laisse s’épanouir des délires à la gloire d’un égo surdimensionné, Vincha propose un rap dénué d’égo trip.  Il joue la carte de la simplicité et ça lui va bien.  Accompagné ce soir là par Son Of A Pitch, ils forment un duo insolite d’un genre qui m’était jusqu’alors inconnu, à cheval entre le concert de rap classique avec mix efficace en background et spectacle de stand up. Ces deux là enchainent les calembours de bon goût, les jokes mêmes pas private et on se surprend à rire avec eux entre chaque morceau, de leur humour intelligent au caractère souvent bon enfant.  Son Of A Pitch excelle aux platines et prend souvent l’initiative de transitions drôles et efficaces entre les titres mais il assure aussi au piano ou au mélodica quand le besoin s’en fait sentir. Polyvalent, le jeune homme!  Vincha, lui, c’est avant tout un fou des mots qui ne tient pas en place.

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  Le « backpacker » de son nom de scène est d’ailleurs un clin d’œil à ses tribulations d’infatigable globe-trotter qui parcourt les continents pour mieux « ressentir le poids du monde sous ses souliers ».  Il couche sur le papier ses préoccupations de trentenaire citadin et livre pêle-mêle ses angoisses face à la vie (entre nous, mon fils), brosse le portrait d’un parisien accro à sa ville mais qui ne conçoit pas d’y vivre sans la  quitter. Pour mieux la retrouver (Bic et sac à dos, retour à Paname). On sent qu’entre Vincha et Paris, c’est un peu « je t’aime moi non plus ».

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 Ses textes sont souvent riches des contradictions qui font les réflexions intéressantes : angoisse et sagesse, impatience et résignation, satisfaction et désillusion.  

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A part ça, Vincha m’est franchement sympathique.  Ne me demandez pas pourquoi ni comment mais il se trouve que j’arrive à détecter les « vrais gentils » avec un flair assez efficace. Bon…Pour être tout à fait honnête la vie s’est chargée de m’apprendre que ce sixième sens était loin d’être infaillible mais j’ai l’impression que ce garçon est fort d’une vraie générosité, d’une soif intarissable d’échanger, d’apprendre aux autres et des autres.

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Et puis lui et moi nous souffrons du même mal : « Le syndrôme de la page noire ». Les symptômes ? Il les croque dans son morceau éponyme : carnets, magazines, livrets, le moindre bout de papier ne peut y échapper, on ne peut s’empêcher de tout crayonner.Sans cesse, sans relâche…Pour se sentir mieux exister ?

 Vincha j’aime ses mots, son flow et ses maux.

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 A Evry, il est annoncé dans le cadre du festival des Friches musicales. Avant d’entrer en scène, son anxiété est perceptible; le temps d’échanger quelques mots, j’apprends qu’il sera seul ce soir, sans son acolyte habituel. Arrivé sur scène il s’installe devant un public qui m’a semblé manquer un peu de chaleur face à l’ensemble formé de quatre musiciens qui a joué avant lui. C’était pourtant un joli ensemble mais -c’est vrai- un peu terne et manquant de dynamisme. J’ai rapidement confirmation que Vincha a un talent certain pour ce qui est de s’attirer la sympathie du public et l’entrainer dans un jeu d’échanges variés. Seul en scène, il livre ses morceaux rythmés qui racontent sa vie et son ressenti.

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Je crois ne pas me tromper en affirmant ici que tout le monde a passé un bon moment avec Vincha ce soir là. J’en veux pour preuve l’anecdote suivante : Une femme d’un certain âge  (formule qui vise à éviter toute contrariété chez cette charmante dame si elle était amenée à lire ces lignes encore que je doute vraiment qu’elle ait une chance de tomber dessus un jour) s’adresse à moi à la fin du concert et m’annonce en me saisissant le bras : « Je n’avais jamais écouté de rap et bien j’aime beaucoup ce que fait ce garçon…Vous savez s’il écrit ses textes lui-même ? Ca m’a beaucoup plu, je suis contente… »

 Alors que je lui répondais que, oui, je crois qu’effectivement il est l’auteur des textes qu’il interprète, elle me dit qu’elle va aller lui dire tout le bien qu’elle a pensé de lui. D’ailleurs quand je relève la tête après avoir rangé mon appareil je la vois en train de s’entretenir avec lui :  C’est indiscutable, ce garçon là arrive à toucher un public très large sans avoir besoin de tomber dans la démagogie ou l’édulcoration. Nul doute que Vincha et Son Of A Pitch ouvrent une brèche dans un secteur où personne à ma connaissance ne s’est encore aventuré : le mix du stand up et du hip hop de qualité. 

Un nouveau territoire à explorer pour ce nomade invétéré ?

 

 Bonus, voilà le teaser concocté pour annoncer le concert à la Péniche : 

Commenter cet article

Florent 07/04/2010 20:09



C'est drole, je l'ai rencontré hier matin, on a parlé un peu, il est cool :)


 



NotSoBlonde 18/04/2010 07:47



Décidément... nos chemins se croisent directement ou indirectement sans cesse ;-)



roro 06/04/2010 18:09



Je le confirme discrètement, c'est un vrai gentil Vincha Backpacker.


 



NotSoBlonde 18/04/2010 07:47



;-)



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